Mercredi 17 décembre 2008, à 20H30
Didier DUMAS
Croyances, sentiment d'exister
et "mère archaïque"

Les croyances constituent des fondations psychiques qui déterminent l’image que nous nous faisons de l’univers, de la vie et de la place que nous y occupons. Elles sont donc indissociables de ce que Françoise Dolto et Donald Winnicott ont appelé le « sentiment d’exister ». Ce qui fait qu’elles s’enracinent donc dans les strates les plus profondes de l’inconscient : celles où, à l’orée de la vie, l’enfant vit sa mère comme le seul « dieu créateur » auquel il doit son existence. Lorsque, en grandissant, l’enfant découvre le rôle qu’a joué le sexe de son père dans sa venue au monde, la structuration oedipienne fait passer la mère du statut de « dieu créateur » à celui de « demi-dieu ». Mais si ses parents ne permettent pas à l’enfant de se représenter la dimension sexuée de la reproduction, la mère reste alors, dans l’inconscient, une divinité archaïque à laquelle celui-ci continue d’attribuer un pouvoir de vie et de mort. Dans les mythologies, cette instance maternelle archaïque que génère l’absence de structuration oedipienne prend les traits de divinités préverbales plus ou moins démoniaques qui, telles les Parques, les Gorgones, les Erinyes grecques ou la Lilith juive, ne reconnaissent pas la loi du père (de Zeus ou de Dieu).

Après avoir cerné les différents visages de cette « mère archaïque », je montrerais la place qui lui revient dans l’une des caractéristiques de ce que le psychanalyste Jan Bastiaans a appelé le « syndrome d’Auschwitz » : la culpabilité du déporté à être revenu vivant des camps d’extermination nazies.